Déclaration de l’artiste
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Au tournant du siècle j’étais étudiant à l’école d’architecture de l’Université Ryerson de Toronto et n’avais aucun intérêt pour la religion ni pour la politique. Je n’étais pas conscient de ce qui se passait dans le monde extérieur à ma propre existence. Le 11 septembre a changé ma perception de moi-même et du monde autour de moi. J’ai été obligé d’examiner de près ma religion, mes croyances, mes opinions politiques et, par-dessus tout, mon héritage pakistanais. Toutes mes identities ont été remises en question en même temps, et j’ai decidé alors de m’instruire.

Je suis devenu militant pour la paix et j’ai essayé d’empêcher les guerres en Afghanistan et en Iraq à ma façon. J’ai participé à toutes les manifestations anti-guerre. En 2003 la guerre contre l’Iraq a été déclarée et j’ai perdu tout espoir. Je voulais seulement me fermer les yeux et passer à autre chose. C’est alors que les séries d’arrestations anti-terroristes ont commencé au Canada.

Le 14 août 2003, le 56ième anniversaire de l’indépendance du Pakistan,  les journaux annonçaient en titre une cellule terroriste à Toronto justement. L’opération anti-terroriste de la GRC a été nommée Projet Thread. Je me suis joint à un groupe de militants de Toronto qui se sont rassemblés en réaction à ces arrestations, lorsqu’il était clair qu’elles étaient non-fondées. Nous nous sommes rencontrés à l’Université de Toronto. Le lendemain je me suis rendu à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié où devait se tenir l’enquête d’un des détenus: Fahim Kayani.

Je n’avais jamais assisté à une enquête d’immigration auparavant ou à une audience d’un tribunal. Quand j’ai vu Fahim vêtu d’une combinaison orange, menotté et enchaîné, j’ai réalisé que cet instant allait changer ma vie à tout jamais. J’ai d’abord succombé à la peur, puis à la colère, lorsque j’ai appris que Fahim Kayani était innocent, et que la seule raison de le garder en prison était qu’il n’y avait personne pour payer sa caution. Les communautés musulmanes et pakistanaises ne voulaient pas être associées avec les victimes du Projet Thread car leurs noms étaient entachés d’accusations de terrorisme.

J’ai abandonné mes études en architecture avant de compléter la dernière année du programme. Je me suis acheté la caméra mini-DV la moins chère que je puisse trouver avec ma carte de crédit et j’ai entrepris d’aider Fahim et les 21-25 autres victimes à sortir de prison. Au cours des mois qui ont suivi j’ai tenté d’obtenir justice pour les victimes du Projet Thread, avec l’aide du Projet Threadbare. J’ai appris à monter des films par moi-même et j’ai essayé de saisir par la camera du mieux que j’ai pu le combat des victimes du Projet Thread.

C’est ainsi que je suis devenu cinéaste.

Au cours des dernières trois années et demie, j’ai essayé tant bien que mal de finir ce film sans aide financière du gouvernement ou d’autres institutions. L’argent pour les cinéastes débutants est rare. La dernière version de mon film m’a valu une bourse d’aide aux cinéastes de l’ONF pour la postproduction, que je n’ai pas pu utilisée jusqu’ici. Je suis présentement à la recherche de commanditaires et de financement pour couvrir les coûts exorbitants reliés à l’utilisation des extraits de bulletins de nouvelles de la télévision, et pour couvrir les coûts de postproduction.

Threadbare est mon premier documentaire.

Arshad Khan,
Réalisateur